Roland Depin (2)
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Le chemin des mots
Tendres courbes Le bout de mes doigts redessinent ton corps Effleurant la peau palpitante de ton cou Pendant que mes lèvres déposent encore Quelques tendres baisers, là sur tes joues. Le bout de mes doigts redessinent ton corps Esquissant la douce rondeur de l'épaule Se glissant sous la bretelle qui encore Garde mystère de ce corps qui me frôle. Le bout de mes doigts redessinent ton corps Rayonnant sur tes fruits gorgés de chaleur Tu tends tes lèvres en me disant encore Est-ce là ce que l'on nomme bonheur ? Le bout de mes doigts redessinent ton corps Tel un antique potier lissant une amphore, Tes hanches m'enivrent toujours et encore Sois ma sirène amour, je serais ton port.
Face à l'océan Sur le banc de pierre, face au bel océan Ils se tenaient assis, les corps serrés Épiant la sterne gracile qui dans le vent Faisait spectacle de son agilité. Noyée dans le sable, la vieille épave Dormait d'un seul œil, guettant la lame. Cette traître, écumant de rage et de bave L'avait jetée là, lui prenant son âme. Sur les roches acérées se brisait la mer Dans un bruit sourd venu du fond des âges Sa chevelure d'écume hérissée de colère Puis un court instant, redevenait sage. D'une tendre caresse, la mèche rebelle Il remit en place sur le doux visage. D'un chaud baiser, les lèvres si belles Il enveloppa le fruit au goût sauvage.
Quelle vie ! Hier soir, j'ai prêté ma lumière Un peu blafarde je vous l'admets Pour un homme d'allure austère Qui perdu, son chemin cherchait. Puis un petit couple d'amoureux S'est approché bien timidement Moi j'ai fermé un peu les yeux Quand s'embrassèrent les amants. Un jour blafard couvait déjà Obstacle à ma lampe dérisoire Lorsqu'un ivrogne trébuchât Crachant à mon pied tout son boire Et comme s'il ne suffisait pas A cette aube d'un jour frileux Levant la patte contre mon mât Toutou m'arrosa, remuant la queue ! Je vous le dis, je vous le crie On a beau dire, on a beau faire Moi qui le vit, c'est pas une vie, Ma pauvre vie… celle de réverbère !
Petit conte d'automne L'arbre Les gens, mes couleurs admirent Mais savent-ils que très bientôt De froid je vais frémir Car mon chaud manteau S'effeuille et déjà Je suis presque nu Tenez, regardez-là: Elle me quitte l'ingénue ! La feuille : Youppie ! Je vole ! Chouette ! Je voyage ! Hooo ! Je cabriole Oups ! Allez dégage ! L'enfant Oh ! Quelle jolie feuille ! Maman, je peux la garder ? Juste celle-là une seule Pour mettre dans mon cahier. La mère Jette ça c'est dégoûtant ! Tu vas encore te salir Regarde un peu tes gants ! Ton père, que va-t-il dire ?
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