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Le chemin des mots
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GUARDFEU (Nouvelle fantastique par Annabel Lambert) CHAPITRE 1 Un silence angoissant imprégnait toute la plaine qui s'étendait devant les yeux de la jeune femme. Lyrska sortait enfin de la forêt, elle y errait depuis de longues semaines. Mais le spectacle qui s'offrait à ses yeux la ramenait à une réalité bien cruelle. Tout était détruit. Il n'y avait plus rien, ni maisons, ni habitants, rien…Un désert de mort et de désolation. L'attaque avait du être violente et fulgurante, l'ennemi implacable. En cet instant, même être confrontée à un troupeau de soudards hargneux lui aurait fait plus plaisir. Elle se décida à avancer. Il lui faudrait traverser ce champ de mort de toutes façons. Tout ou presque était dévasté, il ne lui fallut pas longtemps pour prendre conscience de l'impression mauvaise qui lui tenaillait le ventre. Comme pour se protéger, elle mit instinctivement la main sur son giron. Tout à coup, la douleur devenait plus lancinante que d'habitude. -Magie, pensa-t-elle, encore de la sale magie. Le chemin fut long avant qu'elle trouve âme qui vive. C'était l'une des seules maisons qui étaient encore vivables. Lyrska descendit de cheval et se hasarda à demander d'une voix forte. -Ho là, y a-t-il quelqu'un ? N'ayez crainte, je ne viens point avec mauvaise intention. Après quelques longs instants, une vieille femme sortit toute tremblante de la chaumière presque en ruine. Elle dévisagea durement l'étrangère et demanda : -Qui es-tu ? Et que fais-tu ici ? -Juste un voyageur. Peux-tu me dire vieille femme où je pourrais trouver abri et pitance ? Se força à demander d'une voix douce la jeune femme. -Ne vois-tu pas qu'il n'y a rien ici ma fille ? Va ton chemin ! Visiblement la vieille femme jugeait mal l'étrangère égarée. C'était sans doute à cause de son habit, sans doute… Lyrska avait l'habitude de ce genre de réaction. Une robe de laine lui aurait sans doute mieux sied que l'habit qu'elle avait sur elle. La jeune femme portait de longues bottes en cuir sombre qui lui remontaient mi-cuisse, un pantalon de drap épais était caché par une longue veste aux amples manches, pour se protéger du froid, elle n'avait qu'une cape de laine très épaisse. Il lui fallait reprendre la route. La nuit ne tarderait pas à venir elle devait trouver un abri plus engageant que cette vallée de la mort. Sans un mot de plus elle se remit en selle et éperonna Norfa son cheval. Les plaines abandonnées laissèrent place aux villages. Là aussi, elle vit que tout ou presque avait été rasé. Mais le plus étonnant était le silence, pas de bruits, pas d'échos de plaintes, ni de larmes de douleur, car les habitants avaient disparus. Ne voulant dormir avec les morts encore frais, elle changea de direction, et s'engagea à nouveau vers de larges plaines où trônait au loin un château. -S'il reste un endroit où je puis encore tenter ma chance, c'est bien celui-là pensa-t-elle. C'était une grande demeure, une de ces bâtisses qu'ont les nobles. Lyrska ne savait pas où elle se trouvait exactement. Son errance dans les forêts ne lui apportait aucun repère fiable. Norfa était épuisé, voilà des jours qu'il ne s'était pas vraiment reposé, elle espérait que malgré le malheur qui frappait ces gens, on leur accorderait une nuit de repos à l'abri. La jeune femme ne savait pas combien de temps elle tiendrait ainsi. Elle éperonna encore. Ils seraient au château avant la nuit. Les sabots de Norfa se posèrent enfin sur le pont-levis abaissé. Lyrska se serait attendue à ce que la herse soit baissée, mais l'entrée était libre. Elle n'osa d'abord entrer et préféra observer les alentours. Les ennemis s'étaient très clairement acharnés sur la bâtisse. L'aile nord était complètement effondrée, une large ouverture noire y béait. Mais l'aile sud et ses fondations étaient les plus touchées. Il ne restait presque plus aucune pierre debout. Lyrska se demanda si elle allait encore trouver âme qui vive dans cette demeure. Pourtant il lui fallait bien entrer. Il valait mieux être prudent, rester à cheval était la meilleure solution. Elle engagea Norfa sur le pont et pénétra dans la cour intérieure. Un grand silence y régnait, tandis que des fumerolles noires sortaient encore des pierres en partie effondrées à l'intérieur du château. Devant elle dans le corps central, un escalier qui menait sûrement dans les pièces principales. Elle descendit de cheval et se dirigea vers cette entrée. Mais elle restait prudente. Les ennemis pouvaient siéger dans ce château, elle n'était pas sûre de vouloir parlementer avec eux. Mettant une main sur la garde de son épée, elle gravit l'escalier, puis entra enfin dans le grand hall désert. Pas le temps d'observer les riches décors, et les magnifiques tapisseries sur le mur du fond, elle devait continuer. Le calme absolu, faisait résonner ses pas, c'était nouveau. Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas arpenté un dallage. Elle allait prendre le premier couloir de gauche, quand elle entendit. -Qui va là ? Derrière elle, un homme d'un certain âge la regardait d'un air mauvais et se tenait prêt à tirer sa lame. -Je me nomme Lyrska. Je chevauche à travers votre pays depuis le matin et je n'y vois que désolation et mort. Voyant cette demeure, je pensais demander asile et gîte pour la nuit. Mais en entrant, je dois vous avouer que je pensais ne trouver personne. L'homme la dévisagea des pieds à la tête, et la jugea sévèrement. La jeune femme comprit qu'il se demandait si elle disait vrai. -Suivez-moi, je vais vous conduire. Elle n'osa demander plus, c'était sans doute inutile pour le moment. Toutefois elle se tenait en alerte. Le vieil homme lui fit emprunter un couloir qui était fermé par deux grandes portes. Il ouvrit l'un des deux battants, et d'un geste raide du bras invita la jeune femme à le suivre. L'endroit dans lequel elle arriva, était manifestement une salle d'audience. Vaste et dépouillée, avec simplement deux larges trônes au fond de la pièce. Elle n'avait d'autre choix que de se rendre devant ces deux sièges vides. -Attendez là. Ordonna d'une voix sèche le vieil homme, juste avant de disparaître par une porte bien dissimulée près des deux sièges. Après quelques instants, une jeune femme à la chevelure blonde entra. De taille moyenne, mais d'allure gracieuse, tout en elle lui sembla fragile. La damoiselle portait une robe de fine laine verte, agrémentée de broderies couleur or aux manches et au décolleté. Lyrska se demanda qui était cette femme qui semblait abattue mais digne. -Je me nomme Sobian d'Herstyur, vous êtes ici dans le duché de Guardfeu. Mon serviteur m'a informé de votre visite fort importune à l'intérieur même de ma demeure. Que voulez-vous étrangère ? Il n'y a plus grandes rapines à faire en ces lieux. Lyrska s'inclina avant de prendre la parole. Elle échangea un bref regard avec la dame des lieux, puis parla enfin. -Je me nomme Lyrska. Je viens d'une contrée très éloignée et ne suis point en quête de mauvais actes. Voilà longtemps que j'erre dans les forêts et je voulais simplement demander asile pour la nuit. Mais voyant le malheur qui vous frappe, je vais séant me retirer si vous me le permettez. Sobian dévisagea quelques secondes l'étrangère qui lui rendit son regard. La jeune châtelaine avait le visage fin, et assez gracieux. Le nez était droit et les lèvres minces. Mais la tristesse et l'affliction présente ressortaient sur sa face. -Je ne pense pas que cette femme nous veuille du mal mon bon. Fit-elle à l'intention du serviteur qui n'avait pas une seconde dévié son regard de Lyrska. Et elle poursuivit : je ne puis vous accorder qu'une maigre pitance et un abri de fortune. Soyez la bien venue en ces lieux Lyrska. La jeune femme n'en croyant pas ses oreilles, voulu objecter : -Madame, je ne voudrais ajouter à votre embarras. Permettez-moi de vous laisser en paix. -A quoi bon, votre compagnie nous sera plus agréable ce soir que nulle autre. La jeune étrangère sentit que Sobian voulait manifestement ne pas rester seule dans ce château désert, c'est pourquoi elle s'inclina à nouveau et dit : -Votre bonté me touche, j'accepte donc votre offre. -Mon bon, allez installer notre hôte dans les appartements de ma très chère sœur. Lyrska salua la jeune noble et suivit le serviteur. Il la mena dans un long dédale d'escaliers. L'homme visiblement n'appréciait toujours pas la jeune femme, elle n'en avait cure, c'est pourquoi elle demanda : -Mais dites-moi, que s'est-il passé dans cette contrée, je n'ai vu que quelques rares maisons encore debout, tout était dévasté. L'homme resta silencieux quelques secondes, puis commença à parler : -C'est comme ça depuis deux semaines. Dans le duché voisin, il y a une femme qui déteste maîtresse Sobian, voilà deux mois que tout est transformé ici. Sans raison, notre maîtresse a commencé à prendre de mauvaises décisions, elle a fait ajouter une nouvelle taxe douanière qui a perdu les bénéfices des récoltes des paysans. Elle était étrange, devenait agressive, puis elle est tombée malade. Dans le pays les gens se mirent à la détester de plus en plus. Une révolte eut lieu et beaucoup de ses sujets la renièrent et partirent vivre dans le royaume de cette folle d'Odolftrine. Cette femme de basse extraction a réussi à épouser le duc du royaume voisin. Dès les premiers jours elle n'a cessé d'en vouloir sans raison à ma maîtresse…. Lyrska n'osait l'interrompre, cette histoire était somme toute, fort intéressante. Mais le vieil homme repris : -Puis les armées sont venues et sans qu'on puisse se défendre, elles ont tout rasé. Odolftrine était là, en personne, avec des appareillages que nous n'avions jamais vus. Il fallait voir ça ! D'énormes chaudrons bouillonnants qu'elle fit déverser partout sur les terres ! Après la bataille, nous comprîmes ce que c'était. Du poison, cette femme avait déversé du poison sur tout le Duché. Lady Sobian tenta de les faire nettoyer par les quelques sujets qui restaient encore. Mais les paysans dirent que ce liquide visqueux avait disparu, il s'était complètement imprégné dans les sols. Cette chose n'est pas possible, mais la traîtresse d'Odolftrine utilise la magie. Ici tout le monde le sait bien. Nos terres sont mortes, rien ne sortira plus des sols. Ma foi, il nous reste encore un espoir, lady Sobian a fait quérir un grand mage, nous attendons sa venue. Lyrska resta donc dans ce château dévasté et désert. Il n'y avait guère de domestiques hormis le " bon ", comme l'avait appelé secrètement la jeune femme. Et quelques familles de paysans fidèles que la jeune Sobian avait invités à venir s'installer avec eux. La vie était rude et triste, une ambiance pesante obscurcissait les cœurs chaque jour un peu plus. Lyrska ne sachant que faire pour se rendre utile allait à la chasse et s'arrangeait pour amener un repas potable. Le gibier et le bétail avaient eux aussi étés contaminés par le poison et les prises se faisaient très rares. La jeune femme aurait du laisser ces gens, elle le savait d'instinct. Elle devinait de sombres présages. Mais elle n'arrivait pas à s'y résoudre, elle attendait comme eux tous, le mage… Quelques jours s'écoulèrent encore et enfin, on vit venir l'homme tant espéré. Les derniers habitants du duché de Guardfeu se réunirent dans la cour centrale pour accueillir leur sauveur. Lady Sobian, telle une reine déchue, le visage las et abattu se tenait tristement en haut des escaliers. Lyrska prit résolument le parti de se tenir à l'écart. Le magicien prit quelques temps pour parcourir le domaine et faire son constat. Dans la salle d'audience, assise sur l'un des deux trônes, Sobian attendait dignement le verdict. Lyrska se tenait à quelques distances en arrière de ce qui était devenu maintenant son amie. Quelque chose au fond d'elle lui tenaillait le cœur, elle savait que la réponse du mage serait terrible…Il prit enfin la parole : -Lady Sobian, voilà plusieurs jours que j'examine vos terres, et je suis affligé, …oui affligé, répéta-t-il comme pour lui-même. La substance qui a été répandue sur vos sols n'est pas de composants courants, ce liquide était emprunt de magie, un terrible maléfice qui s'est propagé partout sur vos champs. Ma magie à elle seule n'est pas suffisante pour dégager ces forces noires. Votre ennemi a fait usage d'une grande connaissance et science en des procédés magiques. Je suis au regret de vous dire que vos terres sont mortes, Lady Sobian, ne connaissant pas l'intention contenue dans ce sort je ne saurai vous dire pour combien de temps, peut être à jamais… Un silence de mort s'abattit sur l'assemblée, personne ne s'était attendu à cette réponse. Les dernières familles de paysans restés fidèles, tassés au fond de la vaste salle, commencèrent à gémir. Puis on les vit sortir peu à peu de la pièce, même le bon de Lady Sobian les laissa, ne resta plus que Sobian pétrifiée sur son siège, Lyrska le visage sombre et le vieux mage. La jeune guerrière dévisagea cet annonciateur d'anéantissement. Vêtu d'un manteau sombre à capuche, sous lequel une simple robe de gros drap plus sombre encore, n'avait d'agrément qu'une ceinture de cuir où pendait une aumônière. La jeune femme avait beau chercher, elle sentait que le sage homme disait vrai. Sa barbe blanche, son visage marqué par le temps et les yeux, oui surtout les yeux si pénétrants et lumineux…Il disait la vérité. Avant de reprendre la parole, il échangea un bref regard avec la jeune femme, puis annonça : -Il vous faut quitter ces terres gente demoiselle, point ne puissiez vous faire de neuf ici. Lyrska eut l'impression qu'un dernier filet de vie venait de quitter Sobian, elle la vit se tasser sur son siège et se prendre la tête entre les mains. Le vieil homme observa d'un air absent la jeune femme accablée, puis reprit la parole : -Ne vous affligez point, gente dame, car il existe d'autres lieux sur cette terre, qui vous sont encore cachés, mais qu'un jour vous pourrez connaître. -Que voulez-vous dire ? , demanda Lyrska intriguée. -L'avenir n'est pas toujours celui auquel on s'attend. La réponse à ma venue semble sans espoir et pourtant… Sobian n'avait absolument aucune réaction, elle avait tant espéré reconstruire… Le magicien observa quelques instants encore la jeune femme, puis se tourna vers Lyrska. -Les possibilités sont vastes, et peut-être qu'un jour, vous verrez, que ce que vous avez tant cherché, était tout à côté de vous et même en vous. Il baissa lentement son regard et le fit descendre jusque le bas ventre de la jeune femme. Instinctivement, elle mit une main devant pour se protéger et porta l'autre à la garde de son épée, personne ne pouvait rien contre son mal, pas même ce magicien là… Avant de reprendre la parole en s'adressant à Sobian.,il eut pour elle un regard bienveillant -Jeune enfant, votre trouble présent vous aveugle, la maléfique Odolftrine s'exprime encore à travers vous. Mais bientôt, vous découvrirez qu'elle n'avait que le pouvoir que vous lui aviez accordé. Ne désespérez point, vous saurez qu'en réalité, le royaume voisin ne peut plus rien contre vous. Et il lui tendit un coquillage percé d'une fine lanière de cuir, les si rares coquillages des mers lointaines… Vous vous sentirez bientôt en sécurité, ce jour là vous saurez que tout vous est possible, et vous déciderez peut-être enfin que vous êtes le propre artisan de votre vie. -Comment ? …. Fit Sobian choquée, mais en acceptant quand même le présent, elle ne comprenait guère toutes ces paroles. Mais c'est impossible…Je ne peux me résoudre à le croire… -Patience, ne vous affolez point, c'est de toutes les façons le chemin, votre chemin, marchez et vous verrez que vous avez pris la bonne décision. De par l'intonation de sa voix, Lyrska comprit que c'était la fin de l'entretien. CHAPITRE 2 Le mage les avait donc quittés ce jour là. Sobian été à peine parvenue à s'acquitter de ses devoirs de maîtresse de maison, c'est donc Lyrska qui raccompagna le magicien aux portes du château. Juste avant de s'en aller il lui laissa un message pour la jeune femme qui avait pris congé. -Dites-lui qu'elle ne sait pas encore qui elle est, qu'elle ne perde pas espoir. Car il y a un royaume où son vrai visage est connu, votre tâche sera de lui montrer. Lyrska le laissa partir sur ces paroles énigmatiques, ce mage annonçait de bien drôles de choses. La nuit qui suivit fut bien triste, personne ne vint dans la grande cuisine. Les familles s'étaient regroupées dans la salle de bal, plus grande et moins venteuse. Quelques trouées dans les murs, dues aux récents combats laissaient passer l'air. L'aube venait à peine de se lever que sa compagne fit son apparition dans la cuisine où Lyrska avait passé la nuit près du feu. -Je ne partirai pas, annonça-t-elle le visage ferme et résolu. La guerrière l'observa un instant avant de lui annoncer la triste nouvelle. -Lady Sobian, fit son amie d'un air un peu las, le magicien a dit… -Je me moque de ce qu'a dit le magicien. Je ne partirai pas, l'hiver sera bientôt là, je n'emmènerai pas mes gens sur les routes, sans vivres ni abris à la merci des bandits de grand chemin. Il a dit qu'il ne savait pas pour combien de temps la terre serait ainsi, attendons la fin de l'hiver pour décider. Sobian demandait ainsi conseil à Lyrska, mais celle -ci se garda bien de lui briser ce dernier espoir même si en son fort intérieur elle savait que cette attente était vaine. Elle voulut encourager son amie en disant : -Tu ne manques pas de courage Sobian, tu parviendras à tes fins, viens, allons chercher tes gens pour nous aider à reconstruire le château. Même si c'était dur, elles n'avaient guère de choix, il fallait continuer. Les semaines passèrent et l'ouvrage était immense. Il fallait colmater les brèches le long des murailles détruites, assurer des provisions pour l'hiver, c'était surtout cela le plus dur étant donné que d'innombrables plantes étaient contaminées. Si bien que le découragement commença à les gagner. Tout leur semblait maintenant difficile et l'ardeur des premiers temps commençait à s'étioler. Et les gens de Sobian commencèrent secrètement à se rebeller devant tant de labeur inutile. Les sages conseils du magicien disparaissaient peu à peu de l'esprit des deux jeunes femmes, se transformant en un brumeux souvenir. Leur ôtant tout bon sens. Finalement, l'abattement les gagna et elles eurent le sentiment que tous leurs combats avaient étés vains. -A quoi bon s'acharner sur une tâche irréalisable ? disait de plus en plus souvent Sobian. Lyrska ne répondait rien, ou essayait de lui redonner courage. Son mal intérieur lancinant la hantait, chaque jour, et gagnait en force. Elle avait peur de l'avenir, peur de l'échec, peur de son passé qui la rattrapait. Personne ne savait vraiment de quel royaume elle venait, même pas Sobian. Les plaines d'Alva étaient loin, et méconnues au royaume de Guardfeu. Lyrska avait fui longtemps son pays et son passé. Cet échec qui la hantait, la rattrapait maintenant, et Sobian, sans le savoir, lui rappelait sans cesse que la fin de leur voyage n'était pas encore arrivée. Bien au contraire, désormais, elles allaient devoir lutter avec un ennemi contre lequel les épées ne serviraient à rien. Intérieurement elle suppliait les dieux de ne pas les abandonner, et de leur envoyer un guide, tel le magicien des mers brumeuses. Mais un profond écho intérieur lui répondait qu'elles n'en avaient nul besoin, et que cela ne leur serait pas accordé, car elles seules détenaient la réponse à leur destin. L'hiver approchait à grands pas, et il s'annonçait terrible. Sobian, chaque jour, tentait d'amasser nourriture et vêtements chauds, en prévision des jours les plus froids Lyrska se disait en secret que cela ne suffirait pas. Que cela n'était pas l'unique réponse face à ce qui s'annonçait. Au cours des travaux, en creusant les fondations, puisqu'il fallait bien remonter quelques murs principaux, elles avaient découvert que la terre était même contaminée jusque profondément dans le sol. Lyrska se demandait s'il valait la peine de reconstruire en prévision du froid dans ce royaume pourri de l'intérieur, par le malfaisant sortilège. Il faut quitter Guardfeu pensait-elle, et trouver des terres vierges, elles pourraient reconstruire un royaume sain et dépourvu de toute souillure du passé. Lyrska ne savait comment faire pour convaincre Sobian à renoncer. Même si elle se montrait abattue et écœurée par leur avenir incertain. Elle savait qu'il serait difficile pour son amie d'admettre qu'il fallait tout quitter et aller vers l'inconnu, où les risques seraient encore plus grands. N'y tenant plus face à l'agitation désespérée de Sobian, Lyrska se décida à lui dire la vérité. -Nous nous trompons de route Sobian, reconstruire dans ces ruines et dans ce royaume ne nous mènera nulle part. Nous allons échouer si nous continuons ainsi. -Que faire d'autre, nous avons au moins une terre où vivre. -Mais cette terre est malfaisante, nous devons partir Sobian. Il nous faut quitter ce vieux royaume qui représente le passé, abandonner toutes nos chimères et aller ailleurs, là où le passé n'aura pas de prise sur nous. Emmenons ces pauvres gens avec nous, et partons vers le sud, là-bas on dit que la terre est riche, et que le ciel est clément. Prenons les vivres et cherchons un lieu où nous n'aurons plus de mémoire si sombre. Il faut tout quitter et tout recommencer, même si cela nous fait peur, même si nous risquons la faim et le danger, nous n'avons pas le choix…. Sobian, il nous faut partir vite. Lyrska l'implorait. Sobian était troublée, et durant plusieurs jours ne dit mot à sa compagne. Elle avait peur, peur de quitter ce royaume pour lequel elle s'était battue, peur de ne pas trouver ces riches terres. L'angoisse lui faisait perdre son jugement, et pour cette raison elle ne parvint pas à se décider. Elle alla trouver Lyrska, et lui annonça : -Attendons, laissons passer l'hiver, nous partirons peut-être au printemps. Lyrska ne répondit rien, mais pensa en son cœur, " tu te trompes mon amie, tu te trompes…. " CHAPITRE 3 Le froid commençait à devenir mordant, et la nature entamait son long sommeil. Depuis les événements de l'été, une brume épaisse se créait constamment sur le royaume de Guardfeu. Les chemins devenaient difficiles à suivre et l'on pouvait se perdre facilement. Sobian continuait ses travaux de reconstruction, cherchant sans cesse de nouvelles solutions pour réconforter ses gens, mais le cœur n'était plus à l'ouvrage. Les paysans qui vivaient avec elle commençaient à se sentir las, et cette fatigue se mit à nourrir une sourde rancœur. La jeune femme restait aveugle à tout ce qui pouvait se passer tout autour et sans relâche persévérait. Cette tâche l'absorbait complètement et c'est à peine si elle se rendait compte des absences de plus en plus fréquentes de Lyrska. Celle-ci restait toujours persuadée qu'il fallait partir, et se désintéressait maintenant totalement de la reconstruction du château. Elle avait l'espoir que son amie ouvrirait enfin les yeux, et décida de partir en reconnaissance. Il devait forcément exister un moyen de quitter cet endroit. Elle subtilisa une carte dans la bibliothèque du château et se mit en quête de leur trouver le moyen de partir ailleurs. Au nord, une vaste forêt semblait jouxter des terres peu fréquentées, c'est là qu'elle irait d'abord. Une nuit, elle quitta le château et se mit en route. Etrangement, la forêt avait résisté aux assauts maléfiques, dès qu'elle s'enfonça dans les premiers sous-bois, elle constata que la terre était vierge. Personne ne savait que cet endroit était protégé par des enchantements. Lyrska comprit qu'il s'agissait d'une forêt particulière, d'instinct elle sut que seul un cœur pur pouvait s'y rendre. Elle repensa alors au mage qui lui avait parlé de si drôle de façon. Aurait-il voulu alors parler de ce lieu magique ? Avait-il compris que depuis toujours elle cherchait ce peuple, le peuple de l'invisible ? Si elle voulait toujours des réponses à ses questions, elle devait absolument continuer. Les sentiers de cette forêt n'étaient pas beaucoup fréquentés, seuls quelques marchands l'empruntaient, afin de s'épargner un long détour. Mais en définitive, même si les gens du pays ne craignaient pas vraiment cette forêt, ils avaient pris l'habitude de ne la traverser qu'en cas de nécessité. Lyrska savait qu'il fallait tenter quelque chose dans ces lieux magiques, elle le savait, par chez elle, là où elle ne pourrait jamais retourner, il y avait un bois similaire et…. La sagesse légendaire des habitants de ces forêts magiques leur serait d'un grand secours. La guerrière espérait follement que cette fois-ci, elle pourrait voir les sages créatures, et se persuadait que maintenant, son cœur était devenu plus pur. Il y avait une façon de faire, inutile de crier, de hurler clémence ou de lancer des appels désespérés auprès des êtres, elle le savait d'expérience. Non, il fallait entrer pas à pas, et se faire humble. Il fallait se montrer digne de confiance et digne de l'honneur que lui ferait le petit peuple. Quelques jours s'écoulèrent sans le moindre signe de vie des créatures. Même si l'inquiétude et une pointe de désespoir commençaient à germer, Lyrska se força à continuer. C'était le matin du cinquième jour, et l'étrangère du royaume de Guardfeu, se réveilla au pied de l'arbre où la veille, elle avait craqué et pleuré abondamment. Norfa, l'avait consolée en venant lui pousser plusieurs fois légèrement la tête. Il faisait un froid humide et perçant, une brume mélangée à une légère bruine la glaça dès le réveil. Même si celle-ci n'avait rien de maléfique, immédiatement elle donna sombre humeur à Lyrska. Je me suis fourvoyée une fois encore, pensa-t-elle, c'est inutile, nous ne faisons pas partie du même monde, et ils se moquent bien des humains, bruyants et destructeurs. Une fois encore, sa quête semblait aboutir sur le vide, ses efforts ne donnaient rien, sauf un silence, un désert de solitude et d'abandon face à l'épreuve. Trop écœurée pour se laisser sombrer, une vague de rage incontrôlable lui remonta du plus profond de son âme. Il lui semblait que rien de ce qu'elle aurait pu tenter n'aboutirait. Elle devint folle de douleur et de rage, car c'était comme un jugement invisible, un fait établi dans l'interdiction, une impossibilité de réussite Le petit peuple ne leur porterait pas secours, elle savait pourtant que les créatures l'avaient vue depuis des jours et des nuits, mais le persistant silence était la réponse, cette même réponse qu'on lui avait faite ailleurs. Elle partirait, certes, mais pas sans porter une dernière estocade. -Vous, cria-t-elle, d'une voix forte mais claire. Vous tous, peuple de la forêt ! Êtes-vous donc tous si sages que vous en veniez à dédaigner les personnes qui vous demandent de l'aide ? Voilà longtemps que je vous cherche et voilà longtemps que vous ne me répondez pas ! Etes-vous investis de tant de grâce, que même un humain chassé par les siens et qui vous implore conseil, vous ne sachiez avoir pitié ? Moi, petit peuple, je vous aurais défendu à la pointe de mon épée, si les humains vous avaient fait du mal ! Mais puisque vous semblez si fiers de vous retrouver entre vous, je vous quitte et jamais plus ne chercherai votre clémence. Mais sachez, avant de partir, que même si vous êtes plus sages que nous, les humains, VOUS vivez quand même sur la même terre que NOUS ! Il n'y avait plus rien à ajouter. Elle ramassa sa lame et détacha son cheval de l'arbre où il avait passé la nuit. -Viens Norfa, nous n'avons plus rien à faire ici. Cela lui parut tout à coup cruel et injuste. Pourquoi devait-elle toujours perdre ses combats les plus importants ? Une musique lui parvint alors, un son inconnu et magnifique, il venait d'une clairière qu'elle pouvait à peine apercevoir. Sans but précis en tête, elle suivit la mélodie et sans le savoir, traversa une porte invisible. La brume disparut et il faisait grand soleil. Devant elle, à quelques distances, elle vit un minuscule être qui jouait cette musique, et qui d'un air amusé la regardait. -Tu disais que tu voulais nous parler étrangère ? CHAPITRE 4 Un frisson glacial traversa de part en part Lyrska. Elle avait réussi ! C'est à peine si elle y croyait. Pendant presque une minute, elle resta là, à observer avec stupéfaction cet être. -Et bien, étrangère, est-ce tout ce que tu avais à nous dire ? demanda le petit lutin, avec un air espiègle. Lyrska se souvint alors…. -Non, petit, je suis venue pour demander conseil et aide. Je voudrais rencontrer vos sages, pourrais-tu m'y mener ? -Les humains ne peuvent pas les voir, c'est la loi, mais peut-être que si tu te montres gentille avec moi, je parlerai en ta faveur…. -Qui es-tu ? -Je m'appelle Monioty, et je fais partie de la famille des elfes des forêts, et si…. -Où sont tes oreilles pointues, demande Lyrska, immédiatement soupçonneuse, on lui avait toujours dit que les elfes avaient de grandes oreilles en pointe, et elles les avaient pensées beaucoup plus grands aussi. -Nous sommes de lointains cousins, et nous vivons en bons termes avec eux. Les grands elfes n'aiment pas les humains et si tu veux leur parler, tu auras besoin de mon aide. -Que veux-tu exactement, demanda Lyrska, d'une voix ferme, car un mauvais pressentiment lui criait de se méfier de cette créature, à l'apparence pourtant sympathique. -Comme tu peux le voir, nous sommes très petits, et ici il y a beaucoup de créatures, gentilles et…méchantes. Mon peuple n'est jamais tranquille lorsqu'il sort en pleine forêt. Toi, tu es grande et tu pourras sans peine nous débarrasser d'un prédateur, qui ne cesse de dévorer les miens. -Quel prédateur ? -Ho ! Un monstre des marais, une espèce de chose qui vit dans une eau infâme, et qui nage aussi bien qu'elle peut se terrer et épier dans les buissons, et nous dévorer tout crus, lorsque nous sortons. Tu as une épée, une grande épée, avec celle-ci tu pourras facilement le tuer, et ensuite nous irons voir les elfes. Qu'en penses-tu, étrangère ? -Je ne suis pas sûre qu'un humain ait le droit de tuer quoique ce soit, dans cette forêt, trouve-toi quelqu'un d'autre, pour détruire ce monstre. -Dans ce cas, tu ne trouveras jamais le passage qui te mènera chez eux. Même pour nous, ce n'est pas si facile et puis de toutes façons, pour aller chez les elfes, il faut d'abord voir le passeur, jamais il ne laissera un humain les approcher. A toi de voir, humaine ! Lyrska lâcha un long soupir, cela avait semblé trop facile, bien trop facile. Elle avait envie de laisser ce minuscule lutin arrogant et de poursuivre ses recherches. Mais elle pensa à Sobian, que faisait-elle à ce moment même, était-elle toujours en train de construire sa vaine demeure, se sentait-elle seule ? Non, elle tenait peut-être une chance de revenir avec une clé, leur clé, il fallait la tenter, même si cela lui semblait louche. Les elfes verraient peut-être ses efforts et interviendraient. - D'accord, Monioty, mais si tu m'as menti, sache que la colère des humains est bien pire que ce que tu imagines. Pourvu que j'aie pris la bonne décision Sobian. Pardonne-moi si tout ce que j'aurais tenté se montre vain. * Sobian ne voyait plus les jours passer, mais éprouvait une lourdeur en son cœur. Un soir, alors que les vents du nord hurlaient en venant se glisser aux travers des nombreux trous percés dans la muraille, elle fit mander son domestique et dit : " où est donc Lyrska ? Voilà bien longtemps que je ne la vois plus. Allez la quérir ! " -Maîtresse, répondit le bon fidèle embarrassé, voici plusieurs jours que l'étrangère, votre amie, est partie dans la forêt ancienne. Nul ne sait si elle reviendra ! - C'est impossible, elle ne serait jamais partie sans me saluer, fit Sobian, complètement atterrée par la nouvelle. Depuis ce soir ou Lyrska avait demandé une ultime fois le départ, Sobian n'avait jamais osé reparler de son amie devant ses gens, mais pensait en son cœur. Lyrska est partie faire quelque chose d'important, c'est sûr, la forêt ancienne est tellement dangereuse…. Qui m'aidera à protéger la demeure si elle est attaquée à nouveau ? Prise d'une panique légitime elle pensa, il me faut chercher de l'aide. Sobian fit donc partir des messagers dans tous les royaumes qui jouxtaient le sien, mais aucun monarque ne lui accorda aide. Elle se retrouva donc seule, inquiète et ne sachant que faire de plus. Pourtant dans l'une des grandes cités du royaume de Cyrst, le message avait été reçu et même si la reine mère avait décidé de ne rien faire, son fils lui, en secret, allait venir à son secours Guardfeu était triste et pauvre, malgré les efforts de Sobian, rien ne montrait signe de réussite. Seul, restait en ces terres, un lieu intemporel à l'abri des turbulences du passé ; la vieille forêt. * Lyrska suivait le minuscule elfe et ne disait mot. Voilà presque un jour qu'ils marchaient et se terraient dès le moindre bruit. La guerrière ne manquait pas de signaler son mécontentement, mais à chaque fois, Monioty l'enjoignait à garder patience et à continuer. Un soir, ils débusquèrent finalement le monstre en plein repas. Il venait de capturer une espèce de touffe d'herbes qui poussait des cris stridents, et la jeune femme se demanda si c'était une créature du petit peuple, puis elle se traita d'idiote, évidemment, c'était un être de la forêt magique ! Il ne lui fût pas difficile de fondre sur le prédateur, et de le transpercer d'un coup sec avec son épée. Malheureusement, c'était trop tard pour l'étrange touffe et elle la vit expirer sous ses yeux. -Voilà Monioty, maintenant mène-moi tout de suite au passeur. Monioty éclata d'un rire suraigu et se sauva à une vitesse ahurissante. -Espèce de sale petit ver de terre ! Tu ne courras jamais assez vite pour que je te rattrape ! Hurla Lyrska. Mais au fond, elle n'était pas vraiment surprise, son instinct, ne la trompait que très rarement. Elle n'avait aucune excuse, il l'avait mise en garde des heures auparavant. Et maintenant, il était trop tard pour se lamenter, il fallait agir et vite. Par respect pour la forêt et son petit peuple, et dans l'espoir de se faire pardonner des elfes, qui apprendraient son crime, elle décida d'enfouir le corps du monstre. Et dans la pâle lumière de la nuit, vit la créature se relever péniblement en disant : -Inconscient d'humain, vous vous faites prendre au piège à chaque fois. Le monstre des marais n'était autre qu'un vieillard, et Lyrska se demandait comment elle avait fait pour confondre sa cape en lambeaux, avec de la fourrure, et sa barbe blanche en crocs acérés. Elle comprenait maintenant, le pouvoir magique de la forêt. Monioty lui avait jeté un sort pour troubler sa vision. -Mais pourquoi avez-vous tué la gentille petite touffe d'herbes, dit-elle, pour avoir une réponse à cette question qui la taraudait. -Ce n'est pas une gentille touffe d'herbes, c'est un Crackth, il va nous laisser en paix pendant un petit moment, ici nous ne tuons pas. -Mais….mais pourtant, je vous ai tué, j'ai enfoncé ma lame…. Objecta-t-elle, car justement, tout à coup, elle réalisait qu'elle avait bien senti son épée percer les chairs. -Oui mais les épées ne peuvent rien ici. -Qui….arriva juste à balbutier la jeune femme, se sentant de plus en plus insignifiante face à la force que dégageait le vieil homme. -Je suis le passeur. Lyrska n'osa plus le regarder, et dit d'une voix faible : -Je suppose que maintenant je ne pourrais plus voir les elfes…. -Y tiens-tu vraiment ? -Oui…. -Bien, si c'est ce que tu veux, suis le bord de la rivière et tu trouveras ce que tu cherches. Mais je te préviens, tu as peut-être fait tout ce chemin en vain. Ne croyant plus à rien, n'espérant même plus une réponse à ses questions, tant les événements qu'elle venait de vivre la déstabilisait, et sans oser ajouter un mot de plus, Lyrska prit le chemin que le vieil homme lui indiquait et espéra en son cœur, que cette fois, on ne lui avait pas menti. Au matin même de ces événements, Sobian, seule, perdue au milieu d'une promenade solitaire, pensait : " d'où nous viendra le secours ? ". Il faut que quelque chose se passe…. CHAPITRE 5 Comme un signe avant coureur, un vent glacial venant du nord apporta les premières gelées. Lady Sobian avait choisi ce jour pourtant peu propice pour entamer son voyage. La jeune femme s'était finalement décidée, elle partirait à la recherche de son amie. Même si la forêt lui faisait un peu peur, il fallait tenter quelque chose, rester dans le doute devenait insupportable. Vêtue d'une longue cape d'un vert profond, et portant une robe de laine, la jeune femme prit le meilleur cheval quelle put trouver tout en décidant au dernier moment de prendre une courte épée. Sobian savait la manier, mais elle n'affectionnait pas les armes autant que Lyrska. Toutefois, un vague instinct de prémonition lui conseillait de ne pas traverser la vieille forêt sans moyen de défense. Personne ne s'aperçut vraiment de son départ, il faisait nuit noire lorsqu'elle quitta son château délabré. Dans un dernier regard alors qu'elle traversait furtivement la ville, elle put se rendre compte de la déchéance de cette citée qui avait était jadis florissante. La forêt l'inquiétait un peu, mais pas suffisamment pour rebrousser chemin. De toutes façons elle savait qu'elle allait rejoindre Lyrska, elle n'avait pas tellement à craindre... * Le chemin était sombre, tortueux et d'épais buissons emplis d'épines accrochaient la cape de Lyrska. Sans savoir où menait cette route ni même sans trop d'espoir, la jeune femme continuait. Elle marcha ainsi pendant une bonne lieue, jusqu'à ce que la pénombre diminue pour laisser place à une étrange lueur. Il y avait devant elle une luminosité qui forcissait à chacun de ses pas, une lumière blanche éclatante qui illuminait le chemin devant elle. Ce contraste lui permit de voir la transformation de la nature, les buissons épineux avaient disparus, de grandes et belles fougères touffues parsemaient le sentier, de magnifiques saules pleureurs le bordaient. Evidemment que tout ceci était plus qu'étrange, elle aurait du s'interroger mais un incontrôlable sentiment de curiosité la poussait à continuer. Il était évident que quelque chose s'était passé, quelque chose d'irréel. Les légendes disaient qu'avant de voir les elfes il fallait passer la porte, y était-t-elle enfin arrivée? Reprenant espoir, elle força la marche pour atteindre plus vite la lumière. Il ne lui fallut pas longtemps pour découvrir, que c'était bel et bien une porte. Exactement là où la lumière était la plus dense. N'hésitant que quelques secondes, la jeune femme traversa la clarté éblouissante. Dès qu'elle eut recouvré la vue, elle vit un monde d'une beauté dont jamais elle n'aurait imaginé la splendeur. Tout n'était qu'envoûtant et magique, la nature semblait vivante du moindre brin d'herbe jusqu'aux arbres gigantesques qui peuplait en masse cette forêt. Lyrska éprouva une paix au-delà de tout ce qu'elle avait vécu jusqu'à présent, elle avait réussi ! Avait enfin trouvé ce qu'elle avait cherché depuis l'enfance, une terre où elle pourrait vivre selon ce qu'elle avait toujours projeté, une terre où elle serait elle-même. -Ne penses-tu pas que ce rêve est impossible Lyrska? Entendit-elle dire derrière elle. Prise d'une subite angoisse la guerrière se retourna en un éclair, la main instinctivement posée sur la garde de son épée. Elle vit une femme elfe, assise au pied d'un arbre, l'observer avec un doux sourire. -Es-tu venue de si loin pour tirer l'épée contre moi? -Non, ne réussit qu'à balbutier la jeune femme. -Je me nomme Neëlay, et je suis une elfe. Je t'attendais. -Le passeur vous a-t-il annoncé ma venue? Se hasarda à demander Lyrska. -Non. A vrai dire je ne l'ai pas vu depuis bien des lunes, mais ici tout le monde est au courant. Nous savons tous depuis bien longtemps que tu cherches les elfes. Veux-tu me dire pourquoi? D'habitude les humains ne se soucient guère de nous. Sachant que son heure était venue Lyrska s'inclina très bas et d'une voix un peu enrouée par l'émotion déclara : -Neëlay elfe des bois, moi Lyrska la bannie je viens vers vous pour demander conseil et secours. Mon amie Sobian a besoin d'aide, je requière votre sagesse pour la mettre en sécurité. Une sorcière a détruit son royaume et maintenant elle est sans force et esseulée, je veux l'aider mais je ne saurais pas le faire seule. Car ma vie d'humaine ne vaut rien, j'erre partout dans le monde des hommes et nulle- part je ne suis à ma place. J'espère en la sagesse des elfes, je sais que vous seuls avez la clairvoyance des anciens. Maintenant, je n'ai plus de but, sauf celui d'espérer vous entendre me dire, que quelque part je pourrais retrouver la paix. Qu'il existe un lieu où je pourrai vivre sans rougir d'être ce que je suis, et si ce lieu existe je sais qu'il me faut emmener Sobian avec moi. -Dans ce cas Lyrska, fit l'elfe d'une voix sombre et un regard triste, je dois te dire que tu es venue pour rien, car les elfes ne peuvent vaincre le mal dont tu souffres. -Mais...ne sut que dire la jeune femme abasourdie. -Je vais te montrer pourquoi tu t'es égarée jusqu'ici... * Sobian grelottait sous sa cape, la forêt était bien plus fraîche qu'elle ne l'aurait cru. L'aube pointait quand elle se trouva devant une croisée de chemins. Elle réalisait combien retrouver la trace du sentier de Lyrska dans cette forêt magique serait difficile. Son amie pouvait se trouver n'importe où, la jeune femme allait devoir se souvenir de ce qu'on lui avait appris quand elle était enfant. Si Sobian ne voulait pas se perdre à jamais en ces lieux reculés, il lui faudrait utiliser toutes ses ressources. Chaque buisson, chaque touffe d'herbes écrasées pouvait être un indice. Descendant de son cheval, et remontant le col de sa cape haut sur sa joue, la jeune femme se mit alors à entreprendre sa lente recherche de pistes. Mais malgré une légère angoisse, quelque chose au fond d'elle lui assurait que ce ne serait non pas elle mais Lyrska qui la trouverait. * -Regarde Lyrska dit doucement Neëlay. La jeune femme remarqua pour la première fois le livre que tenait sur ses genoux l'elfe. - Qu'y vois-tu ? -Rien, il n'y a rien sur ces pages, fit-elle un peu interloquée. -Exactement, c'est exactement ce que vous êtes toi et ton amie. -Je ne comprends pas... -Vous avez tout à écrire sur les pages de votre vie et nul autre que vous ne pouvez le faire. -Mais, objecta Lyrska, personne ne pourra nous dire comment sauver Guardfeu de l'horrible maléfice qui a empoisonné les terres, ni personne d'autre que les elfes ne sauront s'il existe un pays où nous pourrons enfin vivre en paix Sobian et moi? ! -Tu n'as pas besoin des elfes pour savoir ce qu'il te faut faire Lyrska. Tu sais qu'il est inutile de rester à Guardfeu. Le temps a changé il s'écoule inexorablement pour les hommes, et votre temps est venu de décider où vous voulez vivre. Bientôt il sera trop tard, les cycles de la vie sont en marche et vous devez vous y conformer ou perdre à jamais la chance de remporter la victoire. Tu n'es venue ici que dans l'espoir de fuir ton destin, tu voulais que les sages te donnent le monde auquel tu aspires, mais même si tu es une guerrière Lyrska, la peur te ronge, et tu pensais que nous elfes avions le pouvoir de te guérir, mais je suis désolée de te le dire, nous ne le pouvons pas. Tu dois prendre courage car tu sais te battre et les échecs du passé ne pourront plus à présent t'empêcher de mener tes combats. Tu finiras par vaincre ce mal en toi…Lyrska baissa la tête, tandis que Neëlay repris : -Quant à Sobian, tu te dois de veiller sur elle et de la protéger jusqu'à ce qu'elle retrouve sa force perdue. Votre route commencera dès que vous aurez quitté cette forêt et les événements ne vous permettront plus de douter de ce qu'il faut faire. Vas Lyrska retrouve Sobian dans la forêt. -Mais Sobian est à ... -A cette heure Sobian te cherche et si tu ne veux pas que Monioty lui joue un mauvais tour tu devrais sans plus tarder aller à sa recherche. -Bien, finit par dire la jeune femme en baissant la tête pour cacher la déception immense qui régnait en son cœur et sur son visage. -Ne t'affliges point jeune humaine bientôt tu comprendras qu'aujourd'hui au lieu de te chasser, en réalité nous te rendons service. La compréhension te viendra après. Vas maintenant tu n'as déjà que trop tardé. La jeune femme s'inclina une fois encore et se consola brièvement en se disant que peu d'humains avaient eu la chance de discuter ainsi avec un elfe, c'est pourquoi elle ajouta d'une voix sincère et reconnaissante : -Neëlay, toute ma vie j'ai rêvé de cet instant, durant longtemps je vous ai cherchés vous et vos semblables. Merci, merci de m'avoir fait l'honneur de vous parler et même si je pars le cœur un peu lourd et déçu, jamais je ne vous oublierai et toujours je vous honorerai dans mon cœur. Maintenant je pars et je suivrai vos conseils. -Les elfes de la forêt ancienne ne t'oublieront pas Lyrska. Mais sache que ce que nous avons fait aujourd'hui nous ne le recommencerons pas, il te sera désormais impossible de contacter le petit peuple, mais si tu es en danger il y aura toujours quelqu'un pour te sauver. Après s'être inclinée une ultime fois, Lyrska quitta Neëlay. L'esprit brouillé par ses paroles et le cœur encore troublé, la jeune femme se hâta de repasser la porte. Il fallait faire vite un mauvais pressentiment la gagnait au sujet de Sobian, elle avait besoin de son aide... CHAPITRE 6 Sobian, suivait depuis plusieurs heures maintenant un petit chemin tortueux qui la menait de plus en plus profondément dans la forêt. La jeune femme, ne s'était jamais aventurée plus loin que le marais des jeunes filles, réputé pour donner de beaux cheveux à celles qui iraient se les laver en cet endroit. Mais le marais était déjà bien loin et il ne lui restait que peu d'options ; suivre cette route en espérant que Lyrska était bien passée par-là, avant elle. Sobian n'avait pour piste que quelques vagues traces de cheval déjà sur le point de s'effacer, elles s'enfonçaient dans un sous bois qui semblait sans fin, il allait falloir garder son calme et patiemment continuer. Sobian savait de part les fables populaires que dans cette forêt il y avait des êtres qui aimaient jouer de sales tours aux humains égarés, elle ne voulait même pas y penser. * Ha! Le marais puant où j'ai vu le passeur pensa Lyrska, elle n'avait eu aucune difficulté à retrouver l'endroit. Norfa l'attendait sagement, il broutait quelques touffes d'herbes, la jeune femme le siffla et docilement il vint vers elle. -Mon fidèle compagnon. Viens, nous n'avons plus rien à faire ici. La jeune femme se mit rapidement en selle et d'un coup sec du talon mit Norfa au trot. Elle avait l'esprit encore embrouillé par sa rencontre avec Neëlay et n'avait pas le cœur pour l'instant de penser à son échec. Sobian était en danger, elle le sentait, il fallait intervenir. Elle pouvait être n'importe où, Lyrska décida de se laisser guider par son instinct. Quelque chose lui disait qu'elle n'avait pas eu le temps de s'enfoncer encore assez loin dans la forêt. Sans plus attendre la jeune femme se dirigea vers le nord, chemin qui la mènerait à la lisière venant des terres de Guardfeu. Son amie ne pouvait venir que de par cette route, elle avait une chance de la retrouver. * Sobian continua pendant quelques lieues supplémentaires et déboucha sur une portion où les arbres étaient tortueux et où le sol s'était transformé en une sorte de marécage fétide. Tout de suite une mauvaise appréhension la prévint, mais elle n'en tint pas compte et continua malgré une légère angoisse qui la prit à la gorge. Des touffes d'herbes suintaient un drôle de liquide nauséabond et la jeune femme su immédiatement qu'elle venait d'arriver dans un endroit où les hommes ne venaient jamais où la nature avait toute puissance; il y avait de vieilles légendes à Guardfeu qui parlait de la forêt... La journée s'était écoulée comme une heure et Sobian remarqua étonnée que le jour avait commencé à décliner depuis bien longtemps. Il allait falloir penser à s'abriter elle décida de rebrousser chemin, elle ne se voyait pas passer la nuit dans cet endroit inquiétant. La jeune femme franchirait ce marais le lendemain. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver un sous-bois bien fourni qui la protégerait de la pluie et du froid. Sobian s'installa pour la nuit, sortit sa couverture, son sac de provisions et avant de se restaurer alla faire boire son cheval, Espérance, prés d'un cours d'eau non loin. Encore quelques instants et les ténèbres allaient tomber, la jeune femme avait l'esprit beaucoup trop préoccupé pour remarquer l'étrangeté du lieu. Il n'y avait pas de vent et pourtant les brins d'herbes oscillaient, elle se croyait seule et pourtant elle ne l'était pas. Lentement, elle revint à son abri précaire, prise dans ses pensées. Sobian se sentait perdue dans cet endroit sauvage, mais le pire c'était qu'elle réalisait enfin, que chez elle à Guardfeu, elle l'était tout autant. Triste et un peu désespérée elle mangea sans faim et continua sa réflexion. Il y avait longtemps qu'elle aurait du réagir, il y avait des lunes qu'elle aurait du partir comme le lui avait demandé Lyrska, maintenant l'hiver était là et le voyage allait être plus périlleux. Etrangement l'idée de quitter son royaume moribond la mettait en paix, elle se sentait sereine, même si le moment était moins propice qu'à la fin de l'été. Pour se rassurer, elle s'imagina la joie à l'idée de revoir Lyrska et de lui annoncer la nouvelle. Cette pensée la réconforta, Sobian tenta de dormir un peu, elle reprendrait la route tôt le matin. Elle n'entendait même pas le bruissement léger mais sourd que faisait toute la nature autour d'elle. * Norfa allait grand train, il fallait se dépêcher, la nuit était tombée, mais Lyrska chevaucherait quand même, la jeune femme ne voyait pas grand chose, mais elle sentait qu'elle était sur la bonne route, elle le savait. La forêt reprenait son air magique maintenant que la nuit était là, mais elle s'en moquait un peu, les créatures de la nuit ne lui faisaient plus peur, rien ne pourrait se mettre en travers de son chemin. * Les heures de la nuit s'égrainaient lentement sans que Sobian réussisse à trouver vraiment le sommeil, engourdie par le froid et une torpeur due à la fatigue, la jeune femme ne remarquait pas ni n'entendait ce qui se passait autour d'elle. Il est vrai qu'il fallait avoir l'oreille fine, pourtant sans savoir pourquoi, elle était prise d'une angoisse sans raison qui la maintenait éveillée. Le temps continua à s'écouler ainsi aussi lentement qu'un siècle. Le noir profond de la nuit se mit à décroître et une pénombre encore ténue remplaça les ténèbres. Les ombres se faisaient plus précises et Sobian remarqua enfin que le sol bougeait lentement tout autour d'elle. Prise d'un coup au cœur, elle se leva d'un bond, et s'empara de son épée. Elle ne se sentait plus seule, c'était absurde, mais elle était persuadée que le sol était vivant ! De petits couinements aigus la fit trembler de la tête aux pieds, quelque chose rampait tout autour d'elle, des...touffes d'herbes!!! N'en croyant pas ses yeux ni ses oreilles elle resta figée de stupeur pendant quelques secondes, mais les créatures ne lui en laissèrent pas plus car l'une d'elles, la plus près, lui sauta dessus et arracha le bas de sa robe dans son attaque. Immédiatement Sobian réagit en la transperçant d'un coup d'épée. Aux cris de celle-ci, elle sut qu'elle l'avait tuée. Sans le savoir, elle venait de donner le signal, les créatures folles de rage se ruèrent sur elle en un seul cri suraigu qui lui fit mal aux oreilles. Sobian en abattit quelques-unes mais elle sut qu'elle serait vite débordée, jamais elle ne se serait vue finir massacrée par une bande de touffes d'herbes enragées, mais elle ne mourrait pas sans se défendre. La jeune femme luttait âprement, tuant, blessant ou rejetant chaque créature, mais celles-ci étaient trop nombreuses il y en avait plus d'une centaine!!! Il y avait un long moment qu'elle se battait et pensa qu'elle ne verrait sans doute pas poindre le nouveau jour tant elles étaient nombreuses. Les touffes avaient réussi à lacérer sa robe et à lui sauter plusieurs fois au visage. Sobian sentait la fatigue dans son bras et son corps menaçait dangereusement de tomber d'épuisement. Une créature plus audacieuse que ses congénères lui sauta sur la tête, quand elle entendit un cheval à plein galop arriver prés d'eux. Lyrska folle de rage sauta de Norfa l'épée au poing. La guerrière avait une furieuse envie de toutes les massacrer, mais elle se souvint juste à temps de quelque chose et hurla de toutes ses forces : -Fuyez stupides créatures le passeur arrive, il me suit et il est furieux!! Fuyez, vous qui avez osé toucher aux protégées de Neëlay!!! Les Crackts, déjà prêts à fondre sur Lyrska se stoppèrent net, face à sa déclaration, jugeant nécessaire de les faire fuir Lyrska hurla -Neëlay l'elfe des bois me protège fuyez!!! Emerveillée et stupéfaite par la puissance de l'elfe sur les Crackts, Lyrska les vit partir en courrant, elle remarqua pour la première fois leurs jambes très courtes et toutes noires. Mais la plus surprise des deux fut Sobian, un bras le long du corps tandis que l'autre pointait encore un ennemi ayant disparu, la jeune femme était inerte et muette de stupeur. Elle ne comprenait rien, Lyrska ne s'était même pas battue, qui était Neëlay? Sa compagne ne lui laissa pas le temps de s'interroger d'avantage, car elle lui dit d'un ton sans réplique : -Viens Sobian, il faut partir d'ici, ils vont revenir ! Sans attendre de réponse, Lyrska alla récupérer les affaires de son amie et prépara son cheval au départ, sous le regard un peu perdu de Sobian. Elle avait vu juste, c'était Lyrska qui l'avait retrouvée, mais quelque chose s'était passé, la guerrière semblait plus dure son regard et son visage étaient fermés, comme si elle s'était repliée sur elle-même. Sachant qu'elle ne pouvait être la cause de cette transformation, Sobian décida de ne rien dire et de faire ce que la jeune femme lui avait demandé. Elles partirent donc peu de temps après, en silence mais menant leurs montures de bonne allure. * Les premières neiges étaient tombées sur les montagnes du passage de L'Ars. Jézéchiel avait quitté la ville des jours plutôt, prenant sa décision sans trop y réfléchir pour ne pas avoir à annuler ce départ. Il se souvenait de Sobian, mais il savait qu'elle non. Lors des grandes joutes de l'été, il l'avait aperçue et n'avait su comment faire depuis pour enlever l'image de cette femme dans sa tête. Cela avait quelque chose d'effrayant à bien y penser, il avait beaucoup de mal à trouver les mots qu'il lui dirait quand il aurait rejoint Guardfeu. La jeune femme avait demandé de l'aide, sous-entendant une armée ou des crédits pour reconstruire son royaume, mais il n'arrivait qu'avec sa bonne volonté et sans aucun appui de sa ville... Jézéchiel mit plusieurs jours à passer le col de L'Ars et arriva dans le royaume voisin de Guardfeu. Il n'avait presque plus de vivres et par ce froid il lui faudrait se montrer prudent. CHAPITRE 7 Lorsque les deux jeunes femmes revinrent à Guardfeu rien n'était plus pareil. Avec stupeur elles découvrirent que le château était rasé, dévasté et désert. Un silence de mort régnait partout autour d'elles, les hommes, la nature et les animaux, rien, il ne restait plus rien de vivant à Guardfeu. Au milieu de ce désarroi le passeur vint les trouver : -Neëlay m'envoie vous dire ce que vous cherchez à savoir. Durant votre absence la sorcière est revenue, elle en a profité pour achever son travail malfaisant, vos gens ont pris peur et sont partis. Les survivants étaient terrifiés, ils vous pensaient morte et ils ont donc demandé asile et protection chez votre voisin du sud. -Mais, objecta Sobian, nous sommes en mauvais termes avec lui depuis des générations et puis et puis... En si peu de temps... comment est ce possible ? Il n'y a que quelques jours que je suis partie. -Non dame Sobian il y a plus d'un mois et demi, le temps n'est pas le même chez les elfes que chez les hommes. Ne soyez pas affligée vos gens sont maintenant en sécurité. Votre voisin s'est montré très honorable avec eux, il a même annoncé publiquement que désormais les réfugiés de Guardfeu pourraient rester. Et jusque dans la forêt des bruits nous sont parvenus, les humains des deux royaumes semblent s'être réconciliés. Neëlay vous fait dire que vous pouvez partir en paix, les elfes s'assureront toujours que le peuple de Guardfeu vive bien dans son nouveau royaume. Le roi Arnart saura veiller sur eux malgré vos anciens griefs, il est un bon monarque et sait prendre soin de ses gens. Vous voilà libre dame Sobian vous pouvez prendre le chemin de votre nouvelle destinée et… Lyrska regarda si intensément le passeur que celui-ci se stoppa net. Sobian ne voulait pas vraiment savoir ce qu'il avait à rajouter, toutes ces nouvelles l'assommait. Après plusieurs recommandations et beaucoup de sages conseils, le passeur les quitta et retourna sans doute auprès de Neëlay pour lui raconter l'entrevue. Lentement les deux amies retournèrent vers l'ancien château de Sobian, elles purent voir des fumerolles sans doute maléfiques continuer encore de consumer les pierres. Mais elles ne s'attardèrent pas car les vapeurs de cette substance leur prenait à la gorge. Depuis l'attaque il ne cessait de se répandre partout un âpre nuage noir, rien ne pouvait arrêter sa course. Le résultat final était désastreux, le château de Sobian était complètement effondré, il n'en restait que quelques pierres. Un amas immense, une tour ou deux résistaient encore vaillamment à la sauvagerie de l'attaque. Sobian était profondément affectée par cette découverte, mais désormais elle ne pouvait plus reculer. Les deux jeunes femmes se mirent donc en quête de vivres et de vêtements chauds pour le départ. Elles durent fouiller dans les ruines et ne trouvèrent que quelques maigres subsistances ainsi que des défroques de paysans qui n'étaient pas vraiment chaudes. cela ne présageait rien de bon pour le voyage à venir. Sans s'attarder d'avantage elles prirent la route. Lyrska conseilla de prendre par les montagnes des Diffs plus à l'est, ce parcours était ardu mais il menait vers des terres inconnues. Elle n'expliqua pas sa réelle motivation à Sobian, mais celle-ci trop choquée par tous les derniers événements lui fit confiance. Même si au fond, elle n'avait pas très envie de traverser le col Hoyldh, elle savait que de toutes façons il leur en coûterait de prendre ce chemin, celui-là ou un autre cela n'avait guère plus d'importance, pour le moment elle ne voyait pas quoi faire d'autre. Le froid était transperçant et c'est à ce changement net de température qu'elles comprirent que le vieil homme n'avait pas menti. Ce n'était que le début d'une nouvelle aventure et pourtant, elles étaient éprouvées par celles qu'elles venaient de vivre. Lyrska se sentait plus que jamais poursuivie par les démons de son passé et Sobian ne trouvait pas le moyen de se sentir rassurée par la décision qu'elle venait de prendre, ni par la douloureuse réalité des événements. Son peuple l'avait abandonné et il était allé vers leur voisin qui pourtant était un ennemi de longue date. Lyrska ne se posait pas toutes ces questions, elle savait, Neëlay l'avait prévenue, il était inutile de tergiverser, il fallait aller de l'avant. Elle ne savait pas ce que leur réservait l'avenir mais maintenant elle en avait moins peur, de toutes façons, tout ce qu'elle risquait c'était de perdre la vie, mais cela elle ne le craignait point. La mort s'était approchée d'elle trop souvent pour que désormais elle s'en inquiète, non ce qu'elle craignait avant tout c'était d'échouer une fois encore. Elle jeta un bref regard vers Sobian et reconnu l'expression qu'elle y lut, les yeux perdus, la marque du désespoir sur le visage, les épaules affaissées par le poids des épreuves non vaincues. Sobian avait besoin d'abord de comprendre qu'elle n'avait pas perdu son royaume mais qu'elle avait gagné une nouvelle chance de vivre. Mais Lyrska savait aussi que pour l'heure il était hors de question de lui en parler, la douleur serait vive pendant un moment. Impossible non plus de parler de Neëlay à Sobian pour l'instant, elle voulait protéger son amie de la douloureuse vérité, même si au fond d'elle-même elle n'était pas si sûre de bien faire à ce propos. La révéler pourrait peut être insuffler des forces à Sobian , mais elle pourrait aussi anéantir ses espoirs et la détruire. Lyrska supportait mal ce poids de la responsabilité et avait envie de trouver des réponses à ses incertitudes, mais à cet instant la seule solution qui s'offrait, était celle de continuer la route coûte que coûte. Les deux amies arrivaient à la frontière de Guardfeu, elles avaient mis deux jours pour traverser le royaume, faisant peu de haltes et parlant peu le soir lors de leurs repas frugaux. Sobian était tourmentée par la destruction qu'elle avait vue tout le long du voyage. Dès leur départ, elle avait nourri le secret espoir de rencontrer encore des gens de son peuple, mais elle ne vit qu'endroits désertés et ruines fumantes. Maintenant qu'elles parvenaient à l'ultime village frontalier Pasts, elle prenait réellement conscience de son voyage sans retour. Jamais plus elle ne reviendrait, les terres étaient cette fois bien mortes et quiconque voudrait habiter en cet ancien royaume ne pourrait y faire pousser quoique ce soit. Guardfeu serait désormais la terre maudite. Le silence obsédant de Guardfeu signifiait sa mort, ce royaume avait perdu son âme. Sobian décida de faire halte pour la nuit dans ce village désert. Lyrska ne l'en empêcha pas, mais pris ses distances avec son amie sentant qu'elle avait besoin d'être seule. Sobian passa la soirée à réfléchir, demain elles franchiraient la frontière et la jeune femme savait qu'elle ne reviendrait jamais. Cette fois, elle avait réellement tout perdu mais dans le même temps elle avait gagné une liberté et une force de décision. Une partie de l'ancienne Sobian allait mourir ce soir, cette part de son passé, de cette histoire brouillée dans sa mémoire, cette partie qui lui faisait encore si peur et qui pourtant perdait de sa force à chaque nouvelle épreuve. Au matin de leur départ et comme en un adieu ultime, Sobian planta sauvagement son épée dans le sol, à l'endroit même de la porte du village jadis en bois sculpté. Rien, elle ne voulait plus rien de ce passé. Cette épée avait était traîtresse, elle n'avait su lui apporter la victoire, Sobian ne voulait emmener ce souvenir avec elle. La jeune femme saurait désormais trouver de meilleurs moyens de vaincre. Sans un mot Lyrska regarda son amie faire. Lentement, elle alla jusqu'à Norfa et d'un même geste un peu solennel retira sa seconde épée. Plus lourde que celle de Sobian, elle n'en était que plus efficace lors de combats avec de multiples adversaires. Lyrska l'avait maintes fois utilisée. Elle savait que Sobian saurait s'en servir dignement le temps qu'elle-même se fasse forger sa nouvelle épée. Le voyage allait être dangereux et il fallait que Sobian soit armée. CHAPITRE 8 A peine quelques jours plus tard elles débouchèrent sur une vaste chaîne de montagnes qui leur sembla presque impossible à gravir. Lyrska n'aimait pas cela du tout, cela lui rappelait de très mauvais souvenirs, même si depuis le début elle s'y était attendue, les voir pour de vrai, la décourageait un peu. Elle tenta de se réconforter en demandant à Sobian si elle connaissait le chemin, mais son amie lui assura que non. Ces terres étaient inhabitées, même si à Guardfeu, on connaissait l'existence de cette chaîne, personne n'était allé jusque là. En réalité elles n'avaient aucune assurance de trouver des terres plus clémentes de l'autre côté. Avant de commencer à essayer de trouver un chemin Lyrska voulait se concerter avec son amie, il fallait être vraiment d'accord. -Sobian, demanda-t-elle, es-tu certaine que tu veuille franchir ce col ? Le seul chemin que nous connaissions est celui-là, fit telle en désignant la route particulièrement ardue qui les attendait, si nous commençons à monter nous ne pourrons plus redescendre. Je ne te demande pas de réponse tout de suite, nous avons besoin de vivres pour la route, je vais aller chasser, tu me répondras ensuite. Elle laissa son amie à ses réflexions et se reprocha intérieurement de sans cesse considérer Sobian comme si elle était incapable de prendre une décision. Si toutefois elle lui demandait toujours son avis et la laissait décider, c'était pour ne pas la froisser. Lyrska pensait trop Sobian à son identique, mais dans les faits, bien souvent, la guerrière endossait le poids des responsabilités. Son instinct de protection envers son amie en était peut être à l'origine. Il va falloir que je lui apprenne à mieux se défendre, ainsi elle saura qu'elle n'a à craindre de rien. Nous prendrons des leçons d'escrime dès que nous aurons franchi le col. Puis se concentrant sur sa tâche à venir, elle cacha Norfa dans un sous-bois et se mit silencieusement à l'affût. * Sobian accusait le coup face aux épreuves à venir et elle ne pouvait faire autrement que voir sous ses yeux ; les montagnes. Mais depuis leur départ de Pasts la jeune femme percevait que quelque chose allait lui arriver, un sentiment lui transportait le cœur, elle n'osait interpréter ce qu'elle ressentait et même se désespérait à l'idée qu'il puisse disparaître. Mais c'était sans doute cette sensation persistante qui lui donnait la force de pouvoir sans remord tourner les yeux vers l'avenir, ce qui la poussait à franchir au plus vite ces fichues montagnes. * Jézéchiel avait chevauché sans relâche, il ne pouvait se résoudre à abandonner sa recherche. Il parviendrait bientôt aux frontières du duché, il se fixait cette ultime limite avant de renoncer. Il n'avait vu âme qui vive. Pourtant les rares personnes que le jeune homme avait croisées le long des autres frontières, pensaient toujours que Lady Sobian était en vie. Il ne lui restait plus que ce dernier petit village sans doute désert, juste ce village aux pieds des montagnes. La recherche ne fut pas longue avant qu'il découvre l'épée de Sobian. C'était un miracle, elle était passée par-là. Des traces encore fraîches lui indiquaient la route à suivre. * Lyrska se hâtait, pourtant quelque chose au fond d'elle lui assurait que cela ne servirait plus à rien. Son mal grandissait depuis plusieurs jours elle souffrait sans cesse. Elle avait même fait un cauchemar, ils étaient là, ils l'avaient suivie, ils la pourchassaient dans les montagnes. La fuite, toujours plus loin, sans espoir de retour et de libération. Pourtant elle aurait tant aimé le voir encore une dernière fois, juste une fois, lui dire, oui tout lui dire…Mais à quoi bon il ne la croyait pas, il ne la croyait jamais… * Jézéchiel arrivait enfin, il avait suivi leurs traces encore visibles dans le sol gelé. Il avait peine à y croire, la retrouver avait été si facile ! Elle était là se tenant debout, la bride de son cheval dans la main, l'autre maintenant la garde de son épée. Il eut envie de forcer l'allure, mais se retint de peur de l'effrayer. Bientôt il pourrait lui parler. Lui dire qu'il avait reçu son message et que si elle le désirait, si elle désirait seulement… Mais une autre femme arriva en trombe et passa devant Sobian tandis qu'elle se dirigea vers lui à vive allure. Ne voulant que se montrer courtois, il stoppa son cheval. Lyrska ralentit elle aussi, pour ensuite s'arrêter en travers du chemin, elle lui barrait la route. -Ho là, étranger, quelle fâcheuse besogne menez-vous dans ces contrées désertes ? Demanda Lyrska durement. -Je me nomme Jézéchiel de Cyrst, je viens du royaume de Norf, Lady Sobian avait envoyé un message demandant de l'aide, j'ai suivi votre trace jusqu'ici. Lyrska le dévisagea des pieds à la tête, cet homme ne lui inspirait aucune crainte, mais elle le trouva tout de suite un peu trop doux à son goût. -J'avais envoyé ces messagers lorsque tu étais dans la forêt Lyrska, fit doucement Sobian qui était venue silencieusement à leur rencontre. Lyrska allait répliquer quelque chose, mais elle se retint lorsqu'elle vit le regard qu'échangèrent les deux jeunes gens. -Allons, venez, fit-elle plutôt, le soir va bientôt tomber, allons nous réchauffer près d'un bon feu. Et la soirée s'écoula chaleureusement. Ils partagèrent la chasse de Lyrska en faisant rôtir le gibier, tandis que Sobian tenait la conversation. La guerrière ne reconnaissait plus son amie, elle avait changé en quelques instants. Tout à coup souriante, pleine d'entrain, de vivacité, et allant même jusqu 'à plaisanter. Il était inutile pour elle d'en voir plus, elle avait compris. Elle prétexta des soins urgents à prodiguer à son cheval et se retira. La nuit était glaciale, mais il n'y avait qu'elle qui en ressentait les effets. De loin elle pouvait les voir discuter, exactement comme si le printemps était déjà là. Sa tâche était accomplie maintenant, leurs chemins allaient se séparer, elle le savait. Elle en éprouvait une profonde tristesse, mais d'expérience la savait inutile. Sobian ferait le choix qui lui incombait et elle le sien. Mais de quel choix disposait-elle en cette heure froide et sombre, elle n'en avait pas la moindre idée. Lyrska fit d'obscurs rêves cette nuit là, d'épouvantables souvenirs…Le matin, fut brumeux et humide, mais heureusement un peu moins froid. La jeune femme se rendit près du couple qui avait passé la nuit autour du feu. Sobian était déjà réveillée et se tenait debout près de l'homme encore endormi. -Je pense qu'il nous faut se faire nos adieux aujourd'hui, n'est ce pas ? Demanda Lyrska doucement. -J'avais pensé, enfin espéré que tu viendrais avec nous ? Il me propose de regagner son royaume. Je sais que la reine mère n'est pas facile, mais là-bas nous vivrons à l'abri et en des lieux plus cléments. Joins-toi à nous. Sobian implorait du regard Lyrska. Elles avaient vécu ensemble les pires moments, elle ne voulait pas la quitter maintenant que tout devenait possible. La guerrière dévisagea un moment l'homme puis regarda à nouveau Sobian -Je ne puis vous suivre dans cette aventure. Mon chemin n'est pas celui-là, je le sais. Voilà longtemps que je vis seule et ta compagnie tout au long de ces mois a été un véritable enchantement. Grâce à toi j'ai réussi à atteindre certains buts qui étaient inaccessibles. Elle s'approcha de son amie et posa ses mains sur ses épaules. Ne m'en veut pas Sobian, mais je suis ainsi, c'est ma route que de vivre seule, de chevaucher de royaume en royaume… Tout était dit, il n'y avait plus rien à ajouter. Chacun se prépara au voyage. Puis lors des adieux, Sobian laissa finalement éclater son chagrin et pleura abondamment, elle n'acceptait pas de laisser partir ainsi Lyrska. Mais la guerrière consola son amie en lui disant ceci : -Depuis le départ les choses devaient en être ainsi. Le grand mage avait dit que quelque part ton vrai visage était connu, ce jour est arrivé. Le mage savait que tu partirais vivre avec cet homme, voilà pourquoi il t'avait dit de ne pas rester à Guardfeu. Les choses sont comme elles devaient être. Quant à moi, je n'ai jamais fait partie de ce chemin Sobian, je n'ai été qu'une compagne de route. Laisse moi aller sur ma voie, peut-être qu'enfin l'heure est venue pour moi maintenant. * Lyrska se retrouvait au milieu de la forêt de la veille. Elle avait l'impression d'en être au même point. Il y a des mois, elle avait traversé une forêt semblable pour déboucher au milieu du chaos qu'était désormais l'ancien duché de Guardfeu. Le temps était passé et la douleur restait plus lancinante que jamais. Le froid mordant et la solitude ne lui pesaient plus guère à présent, cela n'avait plus de réelle importance. Non, elle en venait à se demander quel rôle au fond elle avait dans tout ceci. Les choses s'étaient enfin arrangées pour Sobian et elle en était heureuse pour elle. Un sentiment de satisfaction profond, tel un diamant précieux, rayonnait en son cœur lorsqu'elle pensait à son amie. Pourtant, restait, elle et sa destinée. Les événements étaient passés sur Lyrska comme si elle n'était pas vraiment concernée, elle n'avait été qu'un guide momentané pour Sobian. Mais elle, aurait-elle un guide ? Elle sentait intuitivement que cela ne lui serait pas accordé. La rencontre avec Neëlay était la réponse la plus honorifique qu'on avait pu lui faire. Mais la guerrière avait beau chercher et chercher en vain elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait faire. Les pages blanches, voilà le seul élément dont elle pouvait disposer pour décider. Lyrska erra un temps dans cette forêt étrangère et prit beaucoup de temps pour réfléchir. Les paroles de l'elfe et du mage lui revenaient sans cesse en tête, les choses… les choses n'étaient pas toujours comme on les pensaient…Depuis combien de temps fuyait-elle ? Trois, peut-être cinq longues années ? Elle n'aurait su dire…Le temps…Le temps s'écoulait inexorablement depuis le jour où les forces noires l'avaient mutilée…Combien de temps encore aurait-elle peur de son passé, jusqu'où irait-elle pour fuir encore plus loin… Alors que le froid commençait à se faire moins mordant, que les tous premiers bougeons sortaient de terre annonçant le début du renouveau, Lyrska se réveilla enfin. Le passé était mort, les ennemis sans doute moins puissants car moins en alerte, quant à Heltirr…Heltirr…Qu'importe qu'il la croie ou non, qu'elle importance, puisque les pages étaient blanches…Les pages étaient blanches… Lyrska sortit de la forêt un matin où le soleil perçait les nuages encore gris et épais. Pourtant c'était l'un de ces matins où les rais venaient illuminer chaque parcelle qu'elle touchait. De larges plaines s'étendaient devant elle. Elle n'avait pas la moindre idée de l'endroit où elle se trouvait. Mais quelle importance, vraiment oui quelle importance ? Elle ne devait prendre qu'une seule direction ; le nord. Celle-là même où elle retournerait chez elle, oui elle retournerait, elle y allait, oui elle le pouvait, parce que les pages étaient blanches… FIN Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article L. 122-5, d'une part, que " les copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective " et, d'autre part, que " les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration ", toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droits ou ayants cause est illicite ( article L. 122-4 ). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal. Copyright : inter deposit digital number du 25/02/2005
Résumé : Lyrska a fui longtemps son pays, les plaines d'Alva et son passé. Elle porte un étrange mal. Ses pas la mènent au royaume de Guardfeu où elle rencontre Lady Soban. Les terres y ont été rendues arides par un maléfice. Elle part en quête d'un sortilège et rencontre les elfes de la forêt. Suivez les pas de Lyrska, une aventure palpitante vous attend au royaume de Guardfeu ! Un récit magique
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